Samedi 8 octobre la Bibliothèque Multimédia de St Germain en Laye proposait une conférence sur le Social Media animée par Dominique Cardon, sociologue, spécialiste des nouveaux modes de communication et auteur de « La Démocratie internet ».
Je profite de cet article pour saluer l’initiative de la Bibliothèque Multimédia de St Germain en Laye et la richesse de la présentation de Dominique Cardon.
La première chose qui m’a frappé lors de cette conférence sur les réseaux sociaux c’est le public.
Le public était en effet très hétérogène, il y avait des jeunes, des moins jeunes, et même une propension importante de personnes de plus de 40 ans.
Cette répartition du public montre l’évolution actuelle de l’audience sur les réseaux sociaux.
Si au départ les réseaux ont été adoptés par les post adolescents et les jeunes, aujourd’hui le relais de croissance des populations des sites tels que Facebook vient plutôt des 40 et plus, avec une nette arrivée en force des retraités. Cette évolution sociodémographique impacte d’ailleurs l’utilisation des réseaux sociaux. Ainsi les utilisateurs français murissent rapidement et nous passons de la naïveté à la prudence, de profils ouverts aux profils fermés, voire aux profils multiples pour les plus jeunes.
Dominique Cardon a commencé son exposé sur les réseaux sociaux par une présentation des évolutions de l’espace public. Voilà une introduction d’autant plus pertinente qu’elle apparaît de prime abord déconcertante ou du moins originale.
Lorsque l’on pense réseaux sociaux on pense d’abord à son profil, à ses messages public (le mur), à son identité numérique… à son espace privé.
Lorsqu’on y réfléchit, la somme des espaces privés de chacun c’est bien l’espace public.
Une photo sur Facebook ne posera problème que parce qu’elle se retrouvera dans l’espace public, à la vue de vos amis certes, mais également et surtout à la vue d’inconnus.
Dominique Cardon nous fait d’ailleurs remarquer que le droit à l’image n’est que peu respecté par les réseaux sociaux.
Les medias traditionnels portent au contraire une attention toute particulière à ne pas vous faire apparaître sur les photos sans votre autorisation.
Vous trouveriez probablement scandaleux que le Parisien affiche une photo de vous complètement ivre à l’occasion d’un article sur les dérapages en soirées parisiennes.
Vous n’avez pas encore envisagé d’attaquer Facebook parce que le site à publier la même photo de vous. Pourtant vous pouvez le faire 
Actuellement ces réseaux sociaux jouent sur une double défaillance :
- notre oubli de notre droit à l’image
- la lenteur de la justice
Dominique Cardon précise qu’en fait la plupart des problèmes liés aux images publiées sans accord se règlent directement entre les internautes du réseau social.
Pour en revenir sur l’évolution de l’espace public que la présentation ci-dessous présentera bien mieux que moi, nous retrouvons là un débat récurrent sur la crédibilité et la qualité des informations issues des médias sociaux comparées à celles des médias traditionnels.
Les adeptes du SEO (référencement naturel), et bientôt ceux du SMO (social media optimisation), vous diront que sur les réseaux sociaux le trie de l’information se fait a posteriori.
Comme l’évoque Dominique Cardon, le Page Rank est l’un des systèmes le plus célèbres de tri de l’information sur internet. Il se base sur la popularité d’un article.
Au plus un article, sur votre blog par exemple, reçoit de liens depuis d’autres site, au plus il a de chance d’arriver en première page de résultat de Google.
Bien sûr ce tri a posteriori peut surprendre (choquer) ceux qui ont été habitués à la rigueur du journalisme traditionnel qui valide a priori la fiabilité d’une information ou d’une source.
Notons toutefois que ces derniers temps nous avons eu de nombreux exemples où la course aux scoops (à l’audimat diront certains) a donné lieux a des validations a posteriori.
L’affaire DSK ou plus récemment l’affaire Babou en sont des exemples criants.
Voici la présentation de Dominique Cardon sur les réseaux sociaux.
Pwt dominique cardon
De nombreux points ont été abordés par le public lors de cette conférence.
Cela démontre bien la curiosité et le désir de mieux maîtriser ces « nouveaux media ».
Je reviendrais ici sur 2 points sur cet article déjà conséquent.
L’un des participants a demandé s’il était possible de faire de la pub sur les réseaux sociaux, et s’il était possible d’utiliser les données des utilisateurs pour cela.
Je trouve cette question doublement intéressante.
D’abord parce qu’elle montre que les commerçants et entreprises ne savent pas tous que l’on peut faire de la pub sur Facebook. Je pense que c’est ici une lacune de la part de Facebook.
Ce point démontre le manque de maturité de la plateforme publicitaire de Facebook comparée à celle de son concurrent Google.
Cela nous montre ensuite que peu de gens savent que ces réseaux sociaux, principalement américains, utilisent toutes vos données dans un objectif commercial.
Big Brother est dans votre salon, mais c’est vous qui lui avez ouvert la porte…
Au fur et à mesure que les internautes seront plus informés ils seront également plus prudents.
On se demande d’ailleurs quel sera le pouvoir de la CNIL sur ce genre de problématiques internationales.
Dernier point d’importance, également sujet à débat, l’individu au sein des réseaux sociaux.
Contrairement aux idées reçues, les internautes ne se mettent pas à nus, et ne se dévoilent par vraiment sur ces réseaux. Comme le souligne Dominique Cardon la reconnaissance est le moteur du web social.
Aussi, ce que l’on montre aux autres sur ces réseaux tient plus des stratégies de séduction, plus ou moins avancées, que de l’intimité et authenticité que l’on partage avec ses proches.
On montre que l’on est sociable, festif, intelligent, cultivé, fun, cool…
Vous verrez peu de tristesse ou d’aveux d’échec sur Facebook.
Cette idée devrait faire l’objet d’un article spécifique tant elle me semble intéressante et problématique par rapport à la mission que se donnent les réseaux tels que Facebook.
En attendant vous pouvez toujours consulter l’étude de SocioGeek sur le sujet.